L'accident de décompression (ADD) est la complication du plongée la plus redoutée, et pourtant la plus sous-estimée. Beaucoup de plongeurs écartent des symptômes légers en les attribuant à une fatigue banale. Ce guide passe en revue les 5 signes les plus susceptibles de passer inaperçus — ceux qui causent des dommages durables précisément parce qu'on ne les reconnaît pas à temps.
L'ADD classique (type II, neurologique, sévère) se reconnaît sans peine : paralysie, perte de conscience, douleurs articulaires intenses. Ces cas partent directement aux urgences. Le vrai problème, ce sont les ADD légers (type I, articulaire ou cutané) et les formes subcliniques, confondus avec la fatigue ou l'anxiété post-plongée. Sans traitement, ce sont eux qui accumulent des lésions sur le long terme.
Signe 1 : épuisement inhabituel. Après une plongée ordinaire, tu te sens à plat d'une façon que tu ne reconnaissais pas jusqu'ici — pas la fatigue musculaire habituelle, mais un épuisement général que le repos ne dissipe pas. Si cette lassitude étrange persiste 2 heures après la remontée, un ADD léger est une hypothèse sérieuse. Action : appelle DAN Europe (+39-06-4211-8685) ou le 15.
Signe 2 : douleur articulaire légère. Des gênes sourdes à l'épaule, au coude, au genou ou à la hanche, apparaissant 1 à 12 heures après la plongée. Si tu n'avais jamais eu cette douleur auparavant et que quelque chose semble anormal, il ne s'agit pas d'une blessure sportive. L'ADD articulaire léger — les bends — peut évoluer vers le type II sans traitement. Action : oxygène pur à 100 % au masque pendant 1 à 2 heures (tout bateau de plongée doit disposer d'un kit) ; appelle DAN.
Signe 3 : éruption cutanée (cutis marmorata). Des plaques rouges ou marbrées sur la peau, principalement sur le tronc — dos, poitrine, abdomen. Elles apparaissent 1 à 4 heures après la plongée, sans symptômes associés ou avec de légers fourmillements. L'ADD cutané est considéré comme 'léger', mais il peut précéder un type II. Action : photographier le dessin cutané pour le montrer au médecin, administrer de l'oxygène pur, consulter sans attendre.
Signe 4 : fourmillements ou engourdissements. Sensation de fourmillements dans les membres, paresthésies (impression de 'sable' sous la peau) ou engourdissement partiel. Ce sont des signes neurologiques légers d'ADD de type II. Ils ne sont pas normaux après une plongée et ne disparaissent pas seuls sans traitement adapté. Action immédiate : oxygène, décubitus latéral gauche, appel des secours.
Signe 5 : altération cognitive discrète. Difficulté à se concentrer sur des tâches simples (lire, tenir une conversation), sentiment de confusion, mots qui ne viennent pas. Le conjoint ou la famille dit « tu n'es pas comme d'habitude ». Il s'agit d'un ADD cérébral léger — rare, mais sérieux. S'il survient dans les 6 premières heures après la plongée, une évaluation urgente s'impose. Action : oxygène, appel immédiat des secours, ne pas s'endormir avant examen médical.
Les erreurs courantes : 1) « Attendre pour voir ». La règle d'or : tout symptôme post-plongée inhabituel nécessite une évaluation immédiate. 2) Prendre l'avion après un ADD léger — jamais. Voler dans les 24 à 48 heures qui suivent un symptôme peut transformer un cas léger en cas grave. 3) Prendre des analgésiques pour masquer la douleur. Cela dissimule des symptômes que le médecin doit pouvoir évaluer. 4) Replonger le lendemain « pour faire partir les bulles ». La situation empire de façon dramatique.
En résumé : l'ADD est évitable (planification rigoureuse, remontées lentes, paliers de sécurité) et traitable dans un caisson hyperbare s'il est détecté à temps. L'essentiel est de ne pas minimiser les symptômes. La règle universelle : si après une plongée tu te sens « bizarre » — différemment des autres fois —, appelle DAN Europe (+39-06-4211-8685) ou le 15. Cent fausses alertes valent mieux qu'un ADD non traité à temps. Le caisson hyperbare sauve des vies ; le déni les perd.

