Cabo de Palos figure sur toutes les listes des meilleures plongées méditerranéennes depuis 30 ans. Peu de plongeurs posent la question évidente : ce site mérite-t-il encore sa réputation, ou vit-il sur ses acquis ? Après 12 plongées au Bajo de Dentro et sur les sites voisins, la réponse honnête est plus nuancée que ce que les blogs de plongée veulent bien admettre.
Le Bajo de Dentro est un mont sous-marin qui remonte de 50 m jusqu'à 7 m, situé directement au large de Cabo de Palos sur la côte de Murcie. Son attrait principal : un banc de barracudas qui tourne autour du plateau entre 12 et 18 m, de gros mérous sur les parois rocheuses, et une chance réelle d'observer du thon rouge en migration en mai et en septembre. Le site est classé réserve marine depuis 1995.
La réputation est née dans les années 1990, lorsque Cousteau aurait déclaré — la citation est contestée — que c'était l'une des dix meilleures plongées d'Europe. Cette seule affirmation a propulsé le village de Cabo de Palos sur la carte des destinations de plongée. Aujourd'hui, cinq ou six centres bien établis se partagent le marché. L'infrastructure est solide : bateaux rapides, matériel entretenu, guides expérimentés.
Là où Cabo de Palos tient encore ses promesses : la visibilité et le pélagique. Par beau temps, la visibilité dépasse 30 m — une rareté en Méditerranée occidentale. Le banc de barracudas est présent toute l'année. Au printemps et en automne, les thons rouges traversent en migration. Pour un plongeur européen continental dont la référence est la mer Rouge, c'est une introduction honnête à la plongée pélagique méditerranéenne.
Là où le site déçoit : la faune benthique est appauvrie par des décennies de fréquentation intense. Comparé aux Illes Medes ou aux Columbretes, les espèces de mérous sont moins variées, les éponges moins denses, les gorgones plus rares. Les gros mérous se sont retirés à des profondeurs inaccessibles aux plongeurs loisir. Ce qui impressionne au Bajo de Dentro, c'est exactement ce que tout le monde vient voir — le banc de barracudas en cercle — et au-delà, la plongée est bonne sans être exceptionnelle.
Deuxième critique honnête : l'épave Naranjito. Coulée en 1946, entre 18 et 46 m de fond, c'est l'autre plongée phare de Cabo de Palos. Mais elle implique une heure de bateau dans chaque sens, exige les niveaux Advanced et deep diver, et la plupart des plongeurs loisir disposent d'un temps de fond limité à ces profondeurs. L'excursion journée complète coûte entre 110 et 130 €. Pour ce budget, il existe de meilleures épaves en Méditerranée.
Ce qui justifie réellement la visite à Cabo de Palos, c'est le package opérationnel. Les centres gèrent de grands groupes avec efficacité, les bateaux partent à l'heure, des formules six plongées sur trois jours tournent autour de 250 €, et la zone propose des sites moins connus mais bentiquement plus riches — Bajo de Fuera, El Mosquito, Roldán — que la plupart des visiteurs ignorent complètement. Quatre jours avec deux plongées au Bajo de Dentro et le reste sur des alternatives donnent une image bien plus complète.
Comparaison honnête avec d'autres destinations méditerranéennes : les Medes offrent une faune plus dense, les Columbretes paraissent plus vierges, Cabrera donne une vraie sensation de territoire sauvage. Cabo de Palos, lui, vend fiabilité et pélagique. C'est la destination la mieux organisée de la plongée méditerranéenne espagnole et la moins susceptible de vous surprendre. Pour un premier voyage, le choix se défend. Pour le cinquième, on connaît déjà la formule.
Le verdict sans filtre : Cabo de Palos mérite sa place sur la liste, mais pas pour les raisons qu'avançaient les sites de plongée du début des années 2000. C'est une destination solide et fiable — banc de barracudas garanti, eau généralement claire, centres qui fonctionnent. Ce n'est pas un site vierge, ce n'est pas de la magie, ce n'est pas la meilleure plongée d'Europe. C'est une plongée accessible et bien encadrée, avec des bateaux ponctuels et un personnel professionnel — et cette combinaison est plus rare qu'il n'y paraît.

