Sipadan est une petite île au nord-est de Bornéo malaisien, dans la mer de Célèbes. Cousteau la classait parmi les cinq meilleures plongées au monde. En 2004, la Malaisie a fermé l'île à l'hébergement touristique et plafonné l'accès à 120 plongeurs par jour. Cette restriction a préservé la faune comme presque nulle part ailleurs.
Sipadan ne dépasse pas 12 hectares. Elle se trouve dans le sud du Sabah, l'État le plus oriental de Malaisie, face à la côte est de Bornéo. C'est la seule île océanique du pays, formée au sommet d'un volcan sous-marin éteint. Le tombant chute de 5 m à 600 m en quelques longueurs de palmes depuis le rivage. Cette géographie de seamount explique la densité de la faune : le mont intercepte les courants océaniques et transforme le site en escale biologique pour les tortues, les requins, les thons et d'immenses bancs de carangues.
Le gouvernement malaisien a supprimé tout hébergement touristique sur l'île en 2004, sous pression des conservationnistes. Auparavant, cinq resorts dégradaient le corail et le substrat. Aujourd'hui, les plongeurs séjournent sur les îles voisines — Mabul ou Kapalai — et rallient Sipadan chaque matin en bateau. Le plafond est fixé à 120 permis quotidiens répartis entre tous les opérateurs selon des quotas mensuels. Obtenir une place demande une organisation bien en amont.
Pour décrocher un permis, il faut réserver auprès d'un opérateur agréé basé à Mabul — Borneo Divers, Scuba Junkie, Sipadan-Mabul Resort, entre autres — avec six à neuf mois d'avance. Les permis sont attribués par ordre de réservation. Un forfait classique de trois à cinq nuits à Mabul inclut un à trois jours à Sipadan selon les disponibilités. Les chanceux enchaînent deux jours consécutifs à Sipadan ; les autres en font un seul et complètent avec des plongées à Mabul, qui méritent largement le détour.
Les principaux sites : Barracuda Point, avec une dérive classique et une tornade de barracudas de plusieurs milliers d'individus en formation serrée ; South Point, dérive avec requins ; Coral Garden, jardin corallien peuplé de tortues ; Hanging Gardens, tombant de coraux mous ; Lobster Lair, spot de macro. Profondeurs de 12 à 30 m, eau à 27–29 °C toute l'année, visibilité stable de 30–40 m. Cinquante à cent tortues vertes et imbriquées en une seule plongée, c'est un chiffre courant.
Ce qui frappe les premiers visiteurs, ce n'est pas les chiffres mais le comportement : les animaux vous ignorent. Les tortues broutent des éponges à portée de main sans sourciller. Les requins à pointe blanche et gris passent à quelques mètres sans dévier leur trajectoire. La tornade de barracudas à Barracuda Point peut rassembler plus de 5 000 poissons tournant à l'unisson. C'était ainsi que se présentait la plongée tropicale dans les années 1970, avant que le tourisme de masse n'atteigne les récifs.
Mabul s'associe naturellement à Sipadan comme base de muck diving. Le contraste est voulu : Sipadan, c'est les tombants et l'action pélagique ; Mabul, c'est les fonds sableux, le muck diving et la macro. Hippocampe pygmée, poisson-grenouille, pieuvre mimétique, pieuvre à anneaux bleus — tout le catalogue de la macro asiatique dans ses meilleures conditions. Pour les photographes sous-marins sérieux, la combinaison Sipadan plus Mabul est l'une des meilleures associations au monde.
Pour s'y rendre : vol vers Kuala Lumpur depuis l'Europe avec une escale (Doha, Dubaï, Istanbul), puis vol intérieur jusqu'à Tawau au Sabah, transfert terrestre et courte traversée en bateau jusqu'à Mabul. Porte-à-porte : 24 à 30 heures. Les forfaits de cinq à six nuits à Mabul avec huit à dix plongées tout compris reviennent à environ 1 200–2 000 €. Les vols depuis l'Europe ajoutent 1 000–1 400 €. Total par personne : environ 2 500–3 500 €.
Peu de réserves marines dans le monde ont maintenu leur niveau comme Sipadan. Le plafond à 120 permis, la suppression de l'hébergement sur l'île et une application rigoureuse ont produit un récif où l'équilibre prédateur-proies fonctionne encore. Pour une semaine à Bornéo combinant Sipadan et Mabul, la qualité des plongées dépasse presque toutes les destinations du Pacifique. Pour les photographes sous-marins, c'est une référence incontournable.

