Le Soudan est le secret le moins bien gardé de la mer Rouge. Les mêmes eaux qu'en Égypte, une faune bien mieux préservée, quasiment aucun plongeur, et les vestiges du Conshelf II de Cousteau toujours en place à 12 m de fond à Sha'ab Rumi. La logistique est contraignante et la situation politique compliquée, mais quiconque plonge ici comprend immédiatement la différence avec la mer Rouge saturée de touristes.
La mer Rouge soudanaise longe la côte entre la frontière égyptienne et l'Érythrée, mais la plongée se concentre autour de Port Sudan. Les récifs principaux sont Sha'ab Rumi, Sanganeb, Sha'ab Suedi, Mesharifa, ainsi que les moins fréquentés Angarosh et Abington. L'accès se fait presque exclusivement en croisière plongée de sept à dix jours au départ de Port Sudan, avec des départs hebdomadaires de mars à octobre. Sans croisière plongée, il n'y a pas de plongée ; la plongée depuis la côte n'existe pas ici.
Sha'ab Rumi est la plongée historique par excellence. En 1963, Cousteau et son équipe y ont installé le Conshelf II, une station sous-marine expérimentale où huit aquanautes ont vécu une semaine à 10 m de profondeur. Les structures sont toujours là : un hangar pour un mini-sous-marin, des modules habitables, une cage à requins — le tout rouillé et colonisé par le corail. La plongée mêle archéologie subaquatique, parois vivantes et stations à requins marteau sur le plateau extérieur.
Sanganeb est un atoll isolé classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Un phare ottoman datant de 1906 se dresse au sommet ; sous l'eau, une paroi de 700 m plonge depuis seulement 5 m de profondeur. La plongée classique se fait sur le plateau sud, où l'on croise régulièrement des requins gris de récif, des renards de mer (août-septembre), des bancs de requins marteau (*Sphyrna lewini*) pouvant atteindre 100 individus, et des raies manta océaniques. La faune pélagique dépasse nettement ce que l'on trouve du côté égyptien.
Ce qui distingue la plongée soudanaise, c'est l'absence de pression touristique. Tandis que l'Égypte accueille 100 000 plongeurs par an, le Soudan en reçoit 2 000 à 3 000. Cela se traduit par une couverture corallienne que l'on ne voit plus à Hurghada ou à Marsa Alam, par une faune qui ne fuit pas au passage d'un plongeur, et par la sensation d'explorer un site que peu de gens ont jamais foulé. Comparer Sha'ab Rumi à Elphinstone, c'est comparer deux décennies différentes de la même mer.
Logistique : vols vers Port Sudan via Estambul, El Cairo ou Dubái — aucune liaison directe depuis l'Europe. Le visa est obligatoire et géré par l'opérateur de croisière plongée (50–100 USD). Depuis 2023, la situation politique est instable en raison d'un conflit armé interne : vérifier impérativement l'état des visas et les conseils aux voyageurs avant toute réservation. Les croisières plongée coûtent de 1 500 à 2 200 € pour sept jours, pension complète et plongées comprises. Opérateurs établis : Tornado Marine, Jolly Roger, Royal Evolution.
Matériel et conditions proches de l'Égypte. Visibilité 25–40 m ; température de l'eau de 24 °C en février à 30 °C en août. Une combinaison 3 mm ou un lycra suffit pour la majeure partie de la saison. Les courants peuvent être forts sur les récifs extérieurs — notamment Sanganeb et Angarosh — et les dérives sont monnaie courante. Profondeurs de 5 à 40 m selon le parcours. Niveau Advanced et nitrox recommandés.
La déception, c'est l'instabilité politique. Le Soudan a traversé une révolution en 2019 et une guerre civile en 2023. Certains opérateurs ont suspendu des saisons entières. Il faut confirmer auprès de l'opérateur choisi que le voyage aura bien lieu le mois prévu. La situation évolue vite. Quand le pays fonctionne, la plongée est exceptionnelle ; quand ce n'est pas le cas, les annulations doivent être acceptées.
Le Soudan s'adresse aux plongeurs expérimentés qui connaissent déjà l'Égypte et souhaitent voir la mer Rouge telle qu'elle était avant le tourisme de masse. Cher, lointain, difficile à organiser — mais unique. Sha'ab Rumi et Sanganeb offrent des plongées qui n'existent tout simplement plus du côté égyptien. Pour une semaine de plongée hauturière dont on parle encore des années après, le Soudan surpasse la mer Rouge égyptienne. Pour des vacances confortables, l'Égypte reste le choix raisonnable.

