L'ange de mer à Lanzarote : dernier refuge de Squatina squatina
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Vida Marina

L'ange de mer à Lanzarote : dernier refuge de Squatina squatina

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16 août 2026 4 min de lecture

L'ange de mer (*Squatina squatina*) était répandu dans toute la Méditerranée et l'Atlantique oriental jusqu'aux années 1970. Aujourd'hui considéré comme éteint régionalement en Méditerranée et presque disparu à l'échelle mondiale, il subsiste à Lanzarote (Canaries) avec une population de 500 à 1 000 adultes. Cette île volcanique constitue probablement le dernier bastion mondial de l'espèce.

L'ange de mer (*Squatina squatina*) n'a pas grand-chose en commun avec l'image habituelle du requin. Le corps est aplati dorso-ventralement — en silhouette, il ressemble davantage à une raie qu'à un élasmobranches classique — avec de larges nageoires pectorales et un tronc souple conçu pour s'enfouir dans le sable. Les adultes atteignent 1,5 à 2,4 m et 25 à 80 kg. Le jour, l'animal reste immobile, semi-enterré dans le substrat, seuls les yeux et le spiracle — l'ouverture respiratoire derrière l'œil — affleurant la surface sableuse.

La nuit, l'ange de mer se mue en prédateur en embuscade : il se propulse vers le haut pour engloutir de petits poissons et des crustacés d'un mouvement à peine visible à l'œil nu. C'est précisément ce mode de vie qui l'a rendu si vulnérable au chalutage de fond. Entre 1950 et 1990, la pêche intensive au fond a réduit les populations à un estimé de 1 à 5 % des niveaux historiques — en à peine 40 ans et sur presque toute l'aire de répartition de l'espèce.

L'effondrement a été quasi total. En Méditerranée, *Squatina squatina* est désormais considéré comme éteint régionalement ; les dernières observations confirmées dans la plupart des zones datent du début des années 1990. Dans l'Atlantique nord-est — Espagne, Portugal, France, Royaume-Uni — des individus isolés sont signalés ponctuellement, mais aucune population résidente reproductrice n'est documentée. Deux exceptions subsistent : la côte galloise du Royaume-Uni, avec des effectifs marginaux, et Lanzarote (Canaries), où quelque chose d'inattendu a résisté.

Des recherches de l'Instituto de Ciencias del Mar (CSIC) et de l'Angel Shark Project estiment entre 500 et 1 000 adultes entre Lanzarote et Fuerteventura. Les raisons de ce refuge sont à la fois biologiques et politiques. Sur le plan biologique, l'archipel offre de vastes fonds sableux peu profonds, une disponibilité alimentaire toute l'année et un relatif isolement des flottes chalutières continentales. Sur le plan politique, le gouvernement canarien a mis en place un moratoire partiel sur la pêche de l'espèce, et les îles bénéficient du statut de réserve de biosphère UNESCO depuis 1993.

Pour les plongeurs, les observations sont les plus fréquentes de novembre à mars, lorsque les femelles se déplacent vers des eaux côtières moins profondes. Les principaux sites de plongée se situent dans la moitié sud de l'île : Punta Tiñosa, Playa Chica, La Cala. Les profondeurs varient de 12 à 25 m sur un substrat sableux. Repérer les animaux demande de l'entraînement : un ange de mer enfoui dans le sable volcanique fin ne montre presque rien hormis deux yeux légèrement saillants et un contour corporel à peine visible. Les guides locaux expérimentés des structures comme Calipso Diving et Manta Diving Lanzarote savent exactement où chercher.

L'ange de mer n'est pas agressif envers les humains dans des conditions normales. Dérangé, il préfère fuir vers les eaux profondes. Toutefois, coincé ou saisi, il peut mordre avec des dents acérées — d'où l'interdiction absolue de tout contact. Protocole standard : maintenir au moins 1 m de distance, éviter le flash direct, ne pas toucher. Un animal qui commence à contracter son corps signale une fuite imminente.

Les enjeux de conservation sont inhabituellement clairs. Lanzarote abrite selon toute probabilité la dernière population reproductrice viable au monde. Si elle s'effondre — sous la pression du braconnage, des déplacements climatiques de proies ou des perturbations touristiques — l'espèce s'engage sur la trajectoire de l'extinction mondiale. L'Angel Shark Project, le Groupe de spécialistes des requins de l'UICN et Misión Tiburón Canario maintiennent des programmes de suivi ; les données de science participative issues des centres de plongée alimentent directement les modèles de population utilisés dans les évaluations de l'UICN.

La logistique est simple. Des vols low-cost directs depuis la plupart des villes européennes maintiennent les coûts accessibles, et la location d'une voiture est la seule option pratique pour rejoindre les sites de plongée du sud depuis l'aéroport. Une plongée guidée à Puerto del Carmen ou Playa Blanca coûte entre 35 et 55 €. Aucune observation n'est jamais garantie, mais dans la fenêtre novembre-mars, les taux de rencontres signalés par les principaux opérateurs sont réellement élevés. Le contexte seul — plonger aux côtés de ce qui est peut-être la dernière population significative d'un requin atlantique autrefois répandu — confère à chaque plongée une densité que peu de destinations peuvent égaler.

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